Interview dans Libération – 28 août 2014

«Dans la tradition de Blair ou de Schröder»

INTERVIEW. Karine Berger. Députée PS des hautes-Alpes.

RECUEILLI PAR NATHALIE RAULIN

«Le nouveau gouvernement semble vouloir adopter une ligne social-libérale dans la tradition d’un Blair ou d’un Schröder. Ce n’est pas étonnant puisque c’est la ligne que Manuel Valls a toujours défendue au sein du PS. La composition du gouvernement est donc cohérente avec les convictions économiques du Premier ministre. La question, c’est jusqu’à quel point ce cap est éloigné du point d’équilibre et de rassemblement du parti, et de la majorité parlementaire dans son ensemble. A l’évidence, la déchirure est béante au sein de la gauche. Il serait donc bon de faire trancher ce débat par les militants socialistes.

«Sur les problématiques sociétales, d’éducation ou de justice, le gouvernement est parfaitement à gauche. Néanmoins, ce sont bien les tensions économiques qui sont à l’origine de l’émergence des partis de gauche en Europe, au Royaume-Uni, en Italie comme en Allemagne. S’il y a donc un sujet où, historiquement, gauche et droite s’opposent, c’est bien sûr leur corpus économique. Or, en Europe, le social-libéralisme n’a jamais réussi à s’inscrire ni totalement à gauche ni totalement à droite.

«Le marqueur le plus évident entre le libéralisme et le socialisme moderne, c’est sans doute la place donnée à la régulation, que ce soit de la finance, du marché du travail, des aides aux entreprises, etc. Une partie des craintes de la gauche, aujourd’hui, repose sur le fait que Manuel Valls semble considérer que la meilleure option, c’est la dérégulation. On en a un bon exemple avec le débat sur les seuils sociaux en entreprise. Ce n’est pas un hasard si le premier secrétaire du PS, Jean-Christophe Cambadélis, s’est prononcé contre une remise en cause de ces seuils : on touche là à la raison d’être de la gauche, à savoir la protection des salariés contre les excès du capitalisme, au nom de la justice.

«La volonté du gouvernement d’ouvrir à la concurrence certaines professions, comme les pharmaciens, relève aussi de ce credo de l’efficacité économique, à l’exclusion des conséquences de cette dérégulation, pour les intéressés ou pour les patients. Ceux qui considèrent qu’il y a un excès de régulation doivent se remémorer ce qui s’est passé dans le monde de la finance en 2008. Contrairement à ce qui était alors affirmé, on était dans une absence de régulation.»

Une réflexion au sujet de « Interview dans Libération – 28 août 2014 »

  1. Il est certain que le patronat est peu disposé à partager le fruit du travail.
    D’autre part les micro trottoirs où s’expriment les citoyens, sont l’occasion de demandes individuelles d’amélioration de leurs conditions personnelles.
    Comment espérer trouver un équilibre entre rémunération du travail et bénéfices des entreprises.
    Un patron ne peut manger deux steak à la fois!!

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