Négociation pour l’entrée de la Turquie dans l’Union européenne : discours à l’Institut du Bosphore – 12 septembre

BosphoreL’Union Européenne vient de ré-ouvrir les négociations pour l’entrée de la Turquie dans l’Union. Je m’en réjouis et souhaite que ces négociations aboutissent enfin.

Je suis intervenue à Istanbul dans le cadre de l’Institut du Bosphore sur ce thème : vous pouvez trouver ci-dessous les éléments principaux que j’ai développés.

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Bonjour à tous,

Nous sommes invités dans cette table ronde réfléchir aux interactions entre enjeux économiques et enjeux politiques dans les relations entre l’Union européenne et la Turquie. Je partirai d’une question générale : qels sont les nouveaux enjeux géo-économiques du monde d’après la crise financière de 2008? Commençons par quelques chiffres : où est-on en termes de richesse et de production par rapport avant la crise financière? Si on prend les pays de l’OCDE, l’UE et Etats-Unis, on est toujours 10% en dessous du niveau de la production industrielle de 2008. Les pays dits « BRIC » (Brésil, Russie, Inde, Chine) produisent quant à eux 40%  de plus qu’en 2008. La Chine est à plus 50%. Si on prend un pays comme la Turquie et de manière générale les économies du continent européens en croissance, on est au-dessus de 15% du niveau de 2008. Nous avons ainsi vu se dessiner trois mondes. D’un côté un vieux monde qui est économiquement encore marqué, blessé et qui n’est toujours pas remise de la crise économique de 2008. De l’autre un jeune monde qui a tourné la page en doublant sa production. Et enfin, un monde plus proche de nous, dont fait partie la Turquie, qui sera le relais naturel de la reprise économique.

Quels sont les conséquences géo-politiques de ces trois blocs économiques ? Contrairement à ce que l’on pouvait anticiper, il n’y a pas eu bataille de monnaie entre les Etats-Unis et la Chine. Au contraire, les Etats-Unis ont cherché à renforcer leurs partenariats avec les pays asiatiques. Au cours des cinq dernières années, la zone Asie-Pacifique s’est ainsi structurée économiquement de manière autonome. Pourquoi cette évolution ? Parce que les intérêts des Etats-Unis au Moyen Orient sont en train de diminuer. Les Etats-Unis ont moins de problèmes énergétiques, grâce au développement des gaz de schiste. La dépendance aux produits pétroliers commence à diminuer.

Est-ce que cette question a été posée par l’Union européenne? Non pas encore. De l’autre côté de l’Atlantique, l’Union européenne n’a pas su résoudre ses propres problèmes économiques. Ses problèmes politiques se sont révélés, et  l’UE ne s’est pas posé la question d’alliances nouvelles. Vis-à-vis de l’Europe de l’Est bien évidemment, les rapprochements son naturels, mais insuffisant au regard de la puissance de la crise qui a été traversée. La proposition de l’UE est aujourd’hui d’ouvrir les négociations pour un accord de le libre-échange avec les Etats-Unis, sans avoir été au bout des réflexions sur les alliances plus naturelles comme avec la Turquie. C’est regrettable.

Est-ce que du point de vue de la Turquie, cette question se pose de la même façon? La Turquie est sortie très vite de la crise financière après une récession en 2009 de -5%. Elle fait toujours face aux questions monétaire et budgétaire.

Question monétaire : le taux de change turc a été fortement attaqué pendant l’été. L’OCDE pour sortir de la crise a déversé des liquidités pendant trois ans qui ont été largement amenés sur les des pays en croissance comme la Turquie. Lorsque les pays de l’OCDE retirent leurs capitaux, les balance courantes des pays en croissance sont coupées brutalement d’investissement court terme, ce qui les déstabilisent.

Question budgétaire aussi. Les restrictions budgétaires massives imposées par l’Union européenne à certains de ses membres ont un impact négatif sur l’ensemble économique Méditerranéenne. Le choc négatif pour les exportations turques est tellement élevé que de manière temporaire les premiers partenaires commerciaux de la Turquie ne sont plus européens mais du Moyen Orient. On ne peut que regretter cette politique d’austérité unilatérale de l’UE.

Nous devons créer un dialogue sur la façon dont les décisions macro-économiques post crise financière sont prises en Europe et sur l’impact que ces décisions ont sur l’ensemble des pays périphériques de l’Union européenne. Car ce sont ces pays qui seront demain nos vrais partenaires politiques et économiques.