Université d’été de la Rochelle – 2013

UPS13pleniereRetrouvez ci-dessous mon intervention dans la plénière de l’Université du PS sur l’emploi et quelques photos

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Texte de l’intervention à l’UEPS 2013

Mes chers camarades, bonjour

Voilà un an que nous avons été élus par les Français. Et voilà un an que sur tous les thèmes, la droite ne nous pardonne pas d’avoir été élus. Ce procès en illégitimité se fait encore plus virulent lorsqu’il touche à notre capacité à redresser l’économie de ce pays, à réduire le chômage et à relancer l’investissement.

Ce n’est évidemment pas nouveau… Permettez-moi, mes chers camarades, de commencer mes propos par François Mitterrand. Je le cite dans  ses Mémoires interrompues : « L’alliance des orthodoxies se noue dès que l’ordre établi est remis en question« . Il parle bien sûr des réactions qui ont suivi son élection de 1981. Je crains que rien, absolument rien n’ait changé depuis 1981. Depuis que nous avons été élus, nous avons donc eu à subir la fronde des représentants du patronat, la fronde de la finance, celle des conservateurs européens, et même celle d’une large partie de l’administration particulièrement façonnée par 10 ans de domination de pensée néo-libérale. Tous alliés pour la circonstance face à nous, nous qui voulons changer l’ordre établi. Alliés pour dire quoi? pour réclamer quoi?

En matière de compétitivité et d’emploi, ce qu’ils veulent, c’est très simple, ils nous le disent à longueur de pages et d’ultimatum lancés à notre gouvernement : ne plus avoir à rémunérer le travail. Ou du moins ne plus avoir à rémunérer la protection sociale à laquelle donne droit le travail dans notre pays. Ce que réclame cette alliance des orthodoxies libérales, c’est que si véritablement nous tenons tant que cela à financer les retraites et la santé, que ce soit les classes moyennes par la TVA ou par la CSG qui les payent mais certainement pas eux. Ce qu’ils veulent est simple : que tous les profits aillent au capital, mais attention pas le capital qui permet de grandir, pas le capital fécond de l’investissement productif, non bien sûr : que tout l’argent aille au capital de la rente financière, celui de l’actionnaire.

Là encore ce n’est pas nouveau et nous ne devons pas être surpris du rapport de force que les grands représentants du patronat, qu’ils se dénomment Medef ou Afep, mettent aujourd’hui en place. Parce que, je ne sais pas pour vous, mais je n’ai personnellement jamais entendu un conservateur me dire que les salaires étaient trop bas…

Vouloir que le progrès économique bénéficie d’abord à ceux qui travaillent et que le prix du travail soit reconnu, cela n’a jamais cessé d’être un combat de gauche. Pourtant le refrain contre le « coût du travail » n’est pas aussi ancien que le conservatisme. La compétitivité-prix n’est pas du tout un combat ancestral des conservateurs. Il est toujours jouissif de rappeler aux représentants actuels du patronat que c’est Ford, capitaliste s’il en est, qui le premier a mis en œuvre une nouvelle règle pour améliorer la compétitivité de ses entreprises : une règle qui dit que le profit doit absolument aller à l’emploi et aux salaires… car ainsi l’entreprise a plus de clients ce qui lui permet d’être plus compétitive. Pour les néo-libéraux actuels ce discours fordiste est inacceptable. Au nom de ce que eux appellent la compétitivité, leur seule et unique obsession est de payer moins le travail et de payer plus le capital. Et ce sont eux qui pour arriver à leur fin sont en train de diaboliser la mondialisation? D’en faire l’alpha et l’oméga de tous les choix anti-sociaux.

Car évidemment la compétitivité dans la mondialisation ne peut s’entendre dans leur langage que comme la possibilité de baisser leurs coûts, toujours plus. Pas d’ailleurs pour baisser leurs prix de  vente. Encore moins pour augmenter les investissements ou leurs recherche développement. Mais pour faire plus de profit. Certains doivent caresser l’espoir qu’un jour les salariés Français acceptent d’être moins payés que les salariés chinois. Et que lorsque nous aurons atteint ce temps béni, il suffira d’exporter sur la planète mars nos produits.

Mes camarades ce sont ces néo-libéraux qui constituent aujourd’hui le vrai danger pour la compétitivité française. Car ils combattent le risque, ils combattent la création de valeur, la véritable valeur ajoutée. Ils détruisent la dynamique économique de notre pays, de l’intérieur, par leur conservatisme, par la financiarisation de l’entreprise, par l’obsession de leur rente. Et bien sûr ils détruisent l’emploi. Car ils ont un unique but de guerre : sauver leur rente financière.

Mais le plus dramatique, c’est qu’ils ne représentent absolument pas la majorité des chefs d’entreprises et des entrepreneurs de ce pays. Ils leur confisquent la parole. Ils ne sont en aucun cas représentatifs de tous ceux qui choisissent le risque par l’investissement productif, par la recherche de nouveaux produits, par la création d’emplois. Ils ne sont en aucun cas représentatifs de ces Petites entreprises, Entreprises moyennes ou parfois même Grandes entreprises qui – elles – choisissent l’avenir, la croissance des salaires et de l’emploi des salariés plutôt que celle des bonus des dirigeants, l’investissement plutôt que le dividende. Nous en parlons avec Valérie Rabault dans « la France contre-attaque », de toutes ces entreprises, de tous ces entrepreneurs, qui ne se reconnaissent pas dans le Medef et qui ont choisi le camp de l’innovation, des nouveaux produits, du Made in France, du respect des droits de leurs tous salariés. qui savent que la compétitivité ce n’est que l’investissement productif, ce n’est que la prise de risque, ce n’est que l’innovation, ce n’est jamais absolument jamais un équilibre comptable qui se résume par une baisse des coûts.

Entre les rentiers du capitalisme financier et les entrepreneurs du capitalisme de l’investissement, nous devons choisir notre camp. Nous devons choisir entre ceux qui comme Mittal détruisent l’emploi pour sauvegarder les bonus et les dividendes à un an et ceux qui comme Airbus, Legris Industrie, ou même Gemalto ont décidé d’aller vendre au monde entier des nouveaux produits, des nouvelles technologies et de les fabriquer sur le sol français par le génie de nos ingénieurs. Nous devons dire clairement le camp que nous soutenons entre d’un côté la gestion de la rente, à laquelle se résume le manager actuel, et de l’autre, la prise de risque autour d’une idée nouvelle et de l’investissement productif, apanage de l’entrepreneur. Car mes camarades, je vous le dis clairement, ces deux camps sont incompatibles. L’un est en train de vampiriser l’autre. Le camp de la rente financière et de la compétitivité coût est en train de tuer celui de l’investissement productif et de la vraie compétitivité.

Notre responsabilité est immense dans les 4 prochaines années : il s’agit de faire en sorte que le camp de l’investissement productif, celui de la prise de risque, celui de l’ingénieur l’emporte. Car c’est cette seule version du capitalisme qui nous permettra de faire face dans la mondialisation actuelle et non seulement de sauver mais surtout de nous appuyer sur nos choix sociaux, sur notre proctection sociale et nos services publics.

Les néo-conservateurs ne s’y trompent pas : ils savent que nous sommes leurs adversaires. Au point que certains préfèrent même scier la branche sur laquelle ils sont assis en dénigrant notre pays. En l’accusant de tous les maux dans la presse financière. En l’abaissant par rapport à notre voisin et ami allemand. Le moins que l’on puisse dire c’est que French bashing est à la mode au sein de ces élites autoproclamés de cet ordre libéral. Et bien je le dis aujourd’hui :  Mesdames et Messieurs de cet ordre établi, nous ne vous laisserons pas faire du mal à notre pays.

Contrairement à ce que vous vous plaisez à répéter dans le Financial Times, les atouts, les forces, les talents de la France sont aujourd’hui en ordre de bataille. Grâce à ses entrepreneurs, grâce à ses ingénieurs, grâce à ses PME, notre pays est en mesure de remporter la bataille de la mondialisation. Grâce à la politique économique que nous menons et que nous allons mener, notre pays est parfaitement en mesure de renforcer son choix de modèle social, son choix de bien-être, son choix de vivre ensemble, son choix de santé, son choix de liberté, son choix d’égalité et son choix de fraternité.

Mes chers camarades, nous n’avons pas été élus pour gérer ce pays. Nous avons été élus pour le changer. Nous n’avons pas été élus pour arbitrer les rapports de force entre le capitalisme financier et le travail ; nous avons été élus pour modifier ce rapport de force. J’ai commencé par François Mitterrand, permettez moi de finir par Pierre Mendes France : « Ce qui importe en fin de compte c’est d’aider les hommes à choisir eux-mêmes leur destin«