Editorial Challenges – novembre 2012

 

La réélection de Barack Obama a provoqué bien peu de commentaires sur ses conséquences économiques. Pourtant, le ralentissement industriel international de l’automne 2012, dans un contexte de resserrement budgétaire européen et de fragilité des bulles chinoises, met de nouveau l’économie américaine en première ligne des candidats au poste de sauveur providentiel de la machine économique. Tout au plus a-t-on pu lire que, pour une fois, les Etats-Unis s’intéresseraient à leur fiscal cliff (falaise fiscale), c’est-à-dire leur abyssale dette publique. Que doit-on attendre, sur le volet économique, d’Obama 2?
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L’histoire nous montre qu’il a existé de multiples exemples de changement de cap de politique économique entre les premier et second mandats des présidents américains. La politique de Ronald Reagan a ainsi radicalement changé. Reagan 1: avec l’Economic Recovery Tax Act, il réduit de moitié le poids de l’impôt sur les sociétés américaines, qui passe de 2 % du PIB en 1981 à 1 % en 1982. Machine arrière avec Reagan 2: l’impôt sur les sociétés est relevé dès 1986 par le Tax Reform Act et le ramène à 2 % du PIB, car la dette s’emballe. Cette dernière passe quand même de 33 % du PIB en 1980 à 56 % en 1990… Les deux mandats de Bill Clinton sont également peu comparables. Clinton 1 est marqué par une discipline budgétaire historique, avec un plan de rigueur adopté en 1993 sans une seule voix républicaine. La discipline produit ses effets puisque le déficit public est réduit de 400 milliards de dollars en cinq ans, et l’équilibre des comptes est atteint en 1997, sans affaiblir à aucun moment la croissance économique. Clinton 2, lui, se concentrera sur les réformes structurelles, notamment concernant le marché du travail ou la fin du Glass-Steagall Act. Une continuité, toutefois, au cours des deux mandats: les dépenses fédérales sont ramenées de 22 % du PIB à 18 % en huit ans.
Y aura-t-il un changement avec Obama 2? Et comment résumer la politique économique de Barack Obama lors de son premier mandat? Les chiffres sont sans appel: une envolée sans précédent des dépenses fédérales, qui explosent de moins de 20 % du PIB en 2008 à plus de 25 % en 2010. Le taux de prélèvement tombe, lui, à un niveau historiquement bas, de l’ordre de 15 % du PIB. Résultat: le défcit budgétaire passe de 300 milliards à 1 400 milliards de dollars. C’est le témoignage d’une vraie politique de relance face à une crise digne de celle des années 1920, une approche parfaitement keynésienne de l’économie, qui a sans aucun doute fortement contribué à éviter le pire en 2009 et 2010, non seulement aux Etats-Unis, mais également pour toute l’économie mondiale. La suite est inédite: le blocage institutionnel total pour l’adoption des budgets 2011 et 2012, qui est à l’origine du fiscal cliff On décide au jour le jour du budget… Dans ce contexte, tout le monde parie sur un profond changement de cap économique pour Obama 2: il s’agira, forcément, de remonter les prélèvements – même l’homme d’affaires Warren Buffett, deuxième fortune américaine, est prêt à payer plus d’impôts – et de baisser les dépenses. Quitte à accroître un peu plus la récession mondiale que semble nous promettre à nouveau le FMI. Après tout, ce n’est pas toujours aux Etats-Unis de sauver le reste du monde.
Pourtant, cela ne semble pas encore évident au président réélu ; il vient de repousser à 2022 l’objectif de réduction proposé par une commission qu’il a lui-même mise en place. Autant dire, renvoyer à plus tard, et surtout à d’autres, les efforts budgétaires. Car le véritable objectif politique de Barack Obama est de protéger les classes moyennes, qui sont les grandes perdantes de la tornade financière et économique des quatre dernières années. La cruauté des inégalités en Amérique se résume en un chiffre: plus de la moitié des faillites personnelles sont liées au remboursement de frais de santé.
Les Etats-Unis vont donc garder leur sale habitude: ils ne remboursent jamais leurs dettes. Quand la dette publique ou extérieure est trop élevée, le « pragmatisme » l’emporte: la politique monétaire est mise à contribution sans limite ; et le dollar est dévalué, parce qu’il existe toujours des acquéreurs du billet vert, quelles que soient les pertes encourues. Barack Obama est un Américain pragmatique. Et un homme politique convaincu. Il a choisi les classes moyennes. Il n’y aura pas de politique de rigueur aux Etats-Unis. Ce sera cela la véritable surprise. Au passage, cette « sale habitude » va permettre à la France de pousser un ouf de soulagement: le cycle économique mondial va bien repartir dans les deux ans.

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