Interview à La Voix du Nord 14 octobre 2012

Polytechnicienne, Karine Berger s’est très vite imposée au PS par son expérience économique. Après le vote favorable à Harlem Désir, jeudi, elle devrait prochainement accéder au poste de porte-parole du parti. Elle commente une semaine très européenne, de la ratification au prix Nobel et s’est félicitée du coup de filet dans les milieux islamistes.

Traité de stabilité « L’important est que le paquet ait été adopté par la gauche sans avoir besoin des voix de la droite. Le message du vote ne portait pas sur le traité budgétaire mais sur l’ensemble de la politique européenne menée par François Hollande depuis juin dernier. La même semaine, nous avons eu des avancées considérables sur la taxe sur les transactions financières. Ce n’est pas le fruit du hasard. C’est un mécanisme politique qui a été déclenché depuis juin par l’élection française. Ce n’est qu’un début. Les choses ne sont pas réglées, mais on a obtenu déjà des choses considérables. Une chose m’a beaucoup gênée dans le débat européen : ceux qui n’ont pas souhaité valider le traité n’ont pas mis sur la table de solutions alternatives. Je n’ai pas compris ce qu’ils avaient à proposer si ce n’est un blocage général du mécanisme européen. »

Merkel en Grèce « Je comprends les Grecs qui voient dans la position du gouvernement Merkel une hostilité qui dure depuis plusieurs mois. Qu’il y ait une forme de doute exprimée par les Grecs est logique. En même temps, je trouve remarquable la démarche de la chancelière. On avait l’impression qu’une partie non négligeable de la droite allemande avait la volonté de voir la Grèce sortir de la zone euro. La visite de Mme Merkel donne le sentiment que cette étape-là est derrière nous et qu’il y a une volonté réelle, y compris de cette droite allemande, de garder la Grèce dans la zone euro.  »

Arrestations d’islamistes « C’est le signe que tous les mouvements violents ou apparentés au terrorisme sont l’objet d’une surveillance efficace. Le ministère de l’Intérieur ne néglige aucune piste et agit là où il faut agir. Ça n’a rien à voir avec l’islam. C’est une instrumentalisation de la religion. Ce sont des groupuscules proches du terrorisme qu’il faut contrôler. Certains réalisent systématiquement l’amalgame. M. Copé stigmatise, à longueur de campagne interne de l’UMP, les musulmans de France. Dans un contexte où certains autres – pas M. Copé – n’hésitent pas à rapprocher les groupuscules terroristes de l’islam, ces phrases créent la potentialité d’un amalgame qui serait catastrophique. »

Mariage gay « C’est un engagement de campagne. Non seulement il était temps de bouger, mais le débat va dépasser la fracture droite-gauche. Beaucoup de parlementaires de l’opposition vont vouloir appuyer le mariage pour tous. En déposant un amendement sur la procréation médicalement assistée (PMA), Bruno Le Roux est dans son rôle. Une partie du combat politique concernant les engagements de campagne, notamment sur les questions de société, doivent être pris en charge par la majorité parlementaire. C’est une répartition des rôles. Cela démontre que le Parlement a aussi un rôle dans l’accomplissement des grands engagements. »

Harlem Désir « On disait qu’il n’y avait pas de congrès, pas de vote. Dans les faits, on a une majorité ultra claire mais on a surtout des expressions diverses. Je suis très contente qu’une motion portée par Stéphane Hessel soit représentée au sein du Parti socialiste car elle est originale. Elle témoigne du fait que le débat d’idées se passe aussi au PS. Ce type de résultat ne peut pas se trouver dans d’autres partis en France. »

Prix Nobel « Je suis persuadée que nous avons fait l’euro pour des raisons non pas d’économie mais de paix. J’aime reprendre cette phrase de Cicéron : « Il faut que le glaive le cède à la toge. » C’est le message qui est porté par le comité Nobel. L’UE et la zone euro sont des structures politiques qui visent avant tout, avec réussite manifestement, à faire en sorte que les peuples vivent ensemble. »

Son week-end « Je me consacre à la rédaction de mon deuxième livre. Je dois rendre mon manuscrit à la fin du mois et j’ai pas mal de retard. Nous posons, avec Valérie Rabault, la question suivante : « Comment remettre la France dans les premiers pays en termes de compétitivité mondiale ?  » » •