« Il faut voter le traité budgétaire européen » – Tribune parue dans Le Monde 20/09/12

a zone euro est mortelle : c’est la principale leçon de la crise dans laquelle elle est plongée depuis trois ans. La sortie d’un seul pays, sous la pression de quelques conservateurs qui limitent l’avenir de l’Europe à la durée de leur mandat électoral, signerait la fin définitive de l’union économique et monétaire européenne. Or l’euro n’a pas été inventé pour des raisons économiques. Il a été mis en place pour que des peuples perdent l’habitude de s’entre-tuer. Notre priorité est donc simple : faire que les dix-sept membres de la zone euro y restent, et reprendre la marche de l’intégration.François Hollande est le seul à pouvoir défendre cette position à la table européenne. Sans lui, la Grèce, le Portugal, l’Espagne et d’autres seront mis peu à peu de côté, abandonnés à la gestion de quelques « troïkas » désincarnées. Le seul, parce que non seulement il défend la cause de ces pays mais aussi parce qu’il pèse lourd à la table des négociations. Pour défendre cette vision solidaire, pour continuer à infléchir la trajectoire européenne de l’austérité technocratique vers la croissance sociale, la France doit faire valoir le soutien de tous ceux qui partagent cet idéal de solidarité européenne.Le soutien à la réorientation de l’Europe, dont le président de la République a su convaincre en l’espace de quelques semaines notre partenaire allemand. Et ce soutien se concrétise dans le vote en faveur du paquet européen, qui regroupe le traité budgétaire, le pacte pour la croissance et l’emploi, la taxe sur les transactions financières, les mesures de supervision bancaire, la possibilité pour le Mécanisme européen de stabilité d’intervenir pour soutenir les Etats face à la spéculation.

Qui peut imaginer qu’il serait encore en mesure de peser en faveur de la Grèce et des autres pays du Sud à la table européenne, face à une majorité de gouvernements conservateurs, si, dans sa propre majorité, quelques voix lui faisaient défaut ? Et comment peut-on imaginer aller un jour vers une dette commune et une politique monétaire adulte de la Banque centrale européenne (BCE) sans soutenir ce changement qu’a arraché François Hollande ?

Voilà pourquoi je ne comprends pas ce que veulent les partisans de l’abstention ou du vote contre le traité budgétaire. Je le dis avec d’autant plus de bienveillance que j’ai voté et milité pour le non aux côtés de plusieurs d’entre eux en 2005. Nous avions voté non, car nous pensions que le traité constitutionnel européen mettait la construction européenne sur le chemin de la technocratie sans contrepartie politique. D’ailleurs, il y a seulement deux ans et demi, quand la situation réelle de la Grèce a été mise en lumière, l’Europe a continué à dériver dans la mauvaise direction.

C’est une inversion du mouvement qui a été permis par les élections françaises. D’ailleurs, ceux qui doutent sont bien les seuls à sembler croire qu’il ne se serait rien passé en Europe à la suite des élections françaises. Pour l’anecdote, dans mes tournées des investisseurs sur la dette de la France pendant la campagne, j’ai vu leurs positions se retourner. Alors qu’en janvier ils me harcelaient pour que nous nous soumettions à l’austérité, en mai ils applaudissaient à l’idée d’un pacte pour la croissance de M. Hollande qui était devenu consensuel. Il y a bien eu le commencement d’une réorientation profonde du chemin que prenait l’Union européenne grâce à l’élection de François Hollande et au sommet européen des 28 et 29 juin.

J’entends certains dire que la partie budgétaire du paquet européen (limite du déficit structurel) interdirait les politiques keynésiennes auxquelles la gauche est attachée à raison. Rien n’est plus faux puisque, grâce à l’ajout d’obligations européennes de financement de projet et de l’utilisation des fonds structurels européens pour les pays en difficulté du sud de la zone euro, l’union monétaire va au contraire réaliser pour la première fois depuis 1954 une véritable politique keynésienne commune.

Je dis à ceux de mes camarades qui seraient tentés de faire le même raisonnement qu’en 2005 de bien distinguer les objectifs que nous nous sommes toujours donnés de solidarité avec les pays dans la tourmente et avec l’avenir de la zone euro du bruit opportuniste de Jean-Luc Mélenchon. Et à M. Mélenchon, je dis non, la France n’est pas seule à la table des négociations, non, l’Europe n’a pas non plus à s’aligner sur les seules volontés françaises, non, l’avis des citoyens allemands ne pèse pas moins que celui des citoyens qui ne vous ont pas élu à la présidentielle et aux législatives.

La zone euro est mortelle, mais ce ne serait pas les pays conservateurs qui en souffriraient le plus. Le vote du traité budgétaire européen témoignera de notre capacité à faire preuve d’un minimum de pragmatisme et de solidarité dans la crise et donc de notre désir de continuer l’aventure ensemble. Alors adoptons ces textes européens, pour tous ceux qui sont dans la tourmente et qui comptent sur la voix de François Hollande pour les défendre.

Karine Berger

3 réflexions au sujet de « « Il faut voter le traité budgétaire européen » – Tribune parue dans Le Monde 20/09/12 »

  1. J’ai lu et relu ton article Karine…je pense que sur le fond tu as raison, car on ne peux plus sortir de cette « ornière que l’on a imposé par différentes méthodes, au fil du temps, selon les Pays », aux Peuples d’Europe mais, si ns devons le signer, le préalable est que nous puissions, tout au moins pour le Peuple Français avec tout…le renégocier tranquillement et avec sérieux pour le Bien compris de tous les Peuples d’Europe et sans que la France « avale des couleuvres Institutionnelles contraintes. Ils nous faut toujours regarder vers le haut et non laminer chaque décision vers le bas. L’expérience, le poids Historique, ses avancées sociales de notre Pays ne peuvent être gommées et sont incontournables.

    From: Karine Berger To: raymondeclercq@free.fr Sent: Sunday, September 23, 2012 8:19 PM Subject: [Nouvel article] “Il faut voter le traité budgétaire européen” tribune parue dans le Monde du 20 septembre 2012

    karineberger posted:  » a zone euro est mortelle : c’est la principale leçon de la crise dans laquelle elle est plongée depuis trois ans. La sortie d’un seul pays, sous la pression de quelques conservateurs qui limitent l’avenir de l’Europe à la dur� »

  2. Je suis pleinement en accord avec votre tribune publiée dans le journal Le Monde du 20 septembre dernier. Oui , bien sûr il faut voter le traité budgétaire européen!

    Il faut être frappé de cécité ou faire montre de la plus grande mauvaise foi pour ne pas voir de différence entre le traité concocté par l’attelage Merkel/Sarkozy et le paquet européen qui réoriente la construction de l’Europe et dont l’architecte principal est François Hollande.

    J’avoue que la position de certains de nos députés et sénateurs socialistes – prétendument situés à la gauche du parti – me sidère : si j’ai bien compris leur scénario, ils s’apprêteraient à voter contre le TSCG mais voteront ensuite la loi organique relative aux finances publiques, dans la mesure où cette loi budgétaire découlera du traité européen préalablement ratifié (!)

    Au delà de cette logique politique particulièrement spécieuse, une telle position est franchement irresponsable car de nature à affaiblir l’Exécutif ; position irresponsable et aussi un tantinet cynique dans la mesure où le gouvernement ne peut se permettre d’ouvrir une crise politique quatre mois seulement après sa constitution.

    Aujourd’hui les médias – et la droite – mettent le focus sur EELV dont les instances politiques viennent de décider de voter contre le TSCG tout en indiquant que la participation au gouvernement n’était pas mise en cause ; mais demain le focus politico-médiatique sera mis sur le PS et ses « parlementaires rebelles » (rebelles tout relatifs!), et la droite en tirera bénéfice pour souligner la félure (ils diront la fracture) au sein de la majorité parlementaire.

    Vous interpellez à juste titre JL Mélenchon qui malgré une double et récente sanction du suffrage universel continue ses gesticulations et ses coups de gueule se réjouissant de la récente position d’EELV et indiquant que désormais cette position « met la gauche du PS au pied du mur » ; mais le plus grave dans tout cela, c’est la fascination – plus ou moins larvée – que continue d’exercer Mélenchon sur certains parlementaires socialistes.

    Vous êtes particulièrement bien placée pour tenter convaincre ces camarades parlementaires de voter in fine la ratification du TSCG dans la mesure où vous avez vous-même voté non au référendum sur le traité constitutionnel de 2005.

    Puissent  votre force de conviction et celle de vos arguments réussir à ramener à la raison ces parlementaires socialistes qui semblent ignorer que la politique est l’art du possible surtout quand on accède aux responsabilités après 10 ans d’opposition! 
    Alain Camilleri
    Militant socialiste

  3. Je suis pleinement en accord avec votre tribune publiée dans le journal Le Monde du 20 septembre dernier. Oui , bien sûr il faut voter le traité budgétaire européen!

    Il faut être frappé de cécité ou faire montre de la plus grande mauvaise foi pour ne pas voir de différence entre le traité concocté par l’attelage Merkel/Sarkozy et le paquet européen qui réoriente la construction de l’Europe et dont l’architecte principal est François Hollande.

    J’avoue que la position de certains de nos députés et sénateurs socialistes – prétendument situés à la gauche du parti – me sidère : si j’ai bien compris leur scénario, ils s’apprêteraient à voter contre le TSCG mais voteront ensuite la loi organique relative aux finances publiques, dans la mesure où cette loi budgétaire découlera du traité européen préalablement ratifié (!)

    Au delà de cette logique politique particulièrement spécieuse, une telle position est franchement irresponsable car de nature à affaiblir l’Exécutif ; position irresponsable et aussi un tantinet cynique dans la mesure où le gouvernement ne peut se permettre d’ouvrir une crise politique quatre mois seulement après sa constitution.

    Aujourd’hui les médias – et la droite – mettent le focus sur EELV dont les instances politiques viennent de décider de voter contre le TSCG tout en indiquant que la participation au gouvernement n’était pas mise en cause ; mais demain le focus politico-médiatique sera mis sur le PS et ses “parlementaires rebelles” (rebelles tout relatifs!), et la droite en tirera bénéfice pour souligner la félure (ils diront la fracture) au sein de la majorité parlementaire.

    Vous interpellez à juste titre JL Mélenchon qui malgré une double et récente sanction du suffrage universel continue ses gesticulations et ses coups de gueule se réjouissant de la récente position d’EELV et indiquant que désormais cette position “met la gauche du PS au pied du mur” ; mais le plus grave dans tout cela, c’est la fascination – plus ou moins larvée – que continue d’exercer Mélenchon sur certains parlementaires socialistes.

    Vous êtes particulièrement bien placée pour tenter convaincre ces camarades parlementaires de voter in fine la ratification du TSCG dans la mesure où vous avez vous-même voté non au référendum sur le traité constitutionnel de 2005.

    Puissent  votre force de conviction et celle de vos arguments réussir à ramener à la raison ces parlementaires socialistes qui semblent ignorer que la politique est l’art du possible surtout quand on accède aux responsabilités après 10 ans d’opposition! 
    Alain Camilleri
    Militant socialiste

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