Interview au Parisien Aujourd’hui en France – 07 septembre

Pour la socialiste Karine Berger, qui fut l’une des inspiratrices du programme de François Hollande, la taxation à 75% est un message destiné à assurer la cohésion sociale face à la crise.

Y a-t-il un recul du gouvernement sur l’instauration du taux d’imposition à 75% ?

Non, il n’y a pas de recul. L’imposition à 75% sera mise en place, conformément au programme de François Hollande.

La supertaxe s’appliquera-t-elle par foyer fiscal ou par part ?

On n’est jamais rentré dans cette précision technique durant la campagne. Je n’ai pas plus d’informations aujourd’hui. J’avais plutôt compris, à titre personnel, que c’était par part.

Ne frôle-t-on pas un taux de prélèvement confiscatoire vis-à-vis duquel le Conseil constitutionnel a fait une mise en garde ?

Il y a des techniciens de la législation fiscale qui sont en train de travailler afin que ce ne soit pas le cas. Je n’ai aucun souci là-dessus : la mesure saura s’adapter au cadre juridique et constitutionnel de la France.

Cette imposition est-elle exceptionnelle ou applicable durant tout le quinquennat ?

Attendons déjà de voir si le message qui est donné à travers cette taxe modifiera les comportements extravagants et les rémunérations indécentes que l’on a pu constater dans les quelques grands groupes qui sont concernés.

Cette mesure, qui ne rapportera que quelques centaines de millions d’euros, n’est-elle pas plus symbolique qu’efficace ?

Elle n’a jamais été imaginée comme une mesure de « rendement », comme on dit dans le jargon de Bercy. C’est une mesure profondément politique. Le message c’est : on ne peut pas continuer à travailler tous ensemble pour le redressement du pays si une ultraminorité s’octroie des rémunérations extravagantes. Il suffit pour s’en convaincre de consulter le rapport de l’Insee qui vient de paraître : alors que neuf Français sur dix ont vu leurs revenus baisser en 2010 par rapport à 2009, les revenus des10% les plus riches ont augmenté. Un tel phénomène ne peut résister à long terme. Pour que le pays reste uni, il faut quand même que les comportements par rapport aux rémunérations restent décents. On ne laissera pas quelques-uns abîmer l’unité sociale et la solidarité vis-à-vis de la crise. Nous n’avons pas varié là dessus : c’est avant tout un message politique très fort.

Le Parisien